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Insectes

Introduction :

L'inventaire de l'entomofaune du Jardin Botanique de l'Université de Strasbourg est en cours depuis quelques années et, en janvier 2014, plus de 1000 espèces avaient déjà été déterminées, en majorité des Coléoptères (près de 900 espèces) et des Hémiptères (plus de 250 espèces). Dans cette liste on trouve évidemment une grande majorité d'espèces largement répandues dans la région, mais aussi quelques raretés et un certain nombre d'espèces exotiques, parfois envahissantes et pouvant poser problème...

Les Coléoptères du Jardin botanique de l'Université de Strasbourg : plus de 1000 espèces inventoriées !

Février 2017

Un inventaire exhaustif d'insectes s'apparente à "Mission Impossible" et celui du Jardin botanique n'est pas une exception, malgré la modeste surface concernée.

Janvier 2017 représente cependant une étape particulière. En effet à l'occasion de l'observation en 2016 de la millième (oui,1000 ! en fait ce chiffre symbolique est déjà dépassé) espèce de Coléoptères dans le secteur du Jardin botanique, un premier bilan a été établi et est matérialisé par un article dans le Bulletin de l'Association Philomathique d'Alsace et de Lorraine.

Oxythyrea funestaMononychus punctum-album
Oxythyrea funesta (Scarabaeidae, 12 mm) une petite cousine de notre cétoine dorée, et Mononychus punctum-album (Curculionidae, 5 mm) dont la larve se nourrit de graines d'Iris (photos : H. Callot)

Les personnes intéressées peuvent le télécharger (lien ci-dessous) et n'auront pas besoin d'être des entomologistes pour y découvrir l'historique de l'entreprise, les méthodes utilisées pour cet inventaire et surtout une douzaine d'histoires sur divers thèmes, accessibles à tous et illustrées. Pour ceux qui recherchent des renseignements plus pointus, la liste complète du millier d'espèces est fournie en appendice - mais vous n'êtes pas obligé de la parcourir, c'est une tâche un peu aride qu'il faut laisser aux spécialistes.

Psyllobora vigintiduopunctataFerreria marqueti
Psyllobora vigintiduopunctata (Coccinellidae, 4 mm) et Ferreria marqueti (Curculionidae, 2 mm) petit charançon aveugle et dépigmenté vivant dans le sol du jardin (photos : H. Callot et C. Schott)

Si les Coléoptères sont les premiers pour lesquels un tel bilan est présenté, les quelques 200 espèces d'Hétéroptères - punaises pour être simple - et les nombreux autres insectes déjà observés et identifiés feront certainement l'objet de quelques notes dans le futur. 

Télécharger l'article publié dans le bulletin de l'Association Philomathique d'Alsace et de Lorraine

Butineurs, piétineurs, gourmands et autres insectes...

... fréquentant les fleurs du Jardin botanique !

Octobre 2015

Parmi les charmes d'un jardin il y a les fleurs, de préférence présentes tout au long de l'année ou presque. Le nectar et le pollen de ces fleurs font le bonheur de nombreux insectes dont nous allons parler dans cette page, illustrée exclusivement par des photos prises au Jardin botanique. Pour ces insectes floricoles les "meilleurs coins" du Jardin sont certainement le système et particulièrement ses Astéracées et les Rosacées des abords de la rue de l'Observatoire.

A l'entrée du Jardin Botanique, sur la gauche, se trouve un "hôtel à insectes". Ce petit édifice offre à diverses bestioles des abris tout prêts pour nidifier ou se réfugier et ce but est rappelé brièvement dans le panneau explicatif placé à proximité.

Les visiteurs admirent au printemps l'activité frénétique des abeilles dites solitaires. Ils s'étonnent plus tard de l'absence de spectacle, mis à part quelques "abeilles" ou "guêpes" que les observateurs avertis ne confondront pas avec les insectes de la phase précédente.

Ce rythme, qui semble bien différent de celui des ruches d'abeilles classiques, mérite quelques commentaires et, au passage, profitons-en pour faire un petit point sur les insectes qui fréquentent les fleurs du Jardin botanique et en assurent la pollinisation. Ces insectes appartiennent à des ordres très variés, bien au-delà des Hyménoptères dont font partie les abeilles, guêpes et autres fourmis.

Hôtel à insectes du Jardin botanique

Téléchargez le panneau de l'hôtel à insectes

Si les insectes que l'on observe sur les fleurs sont très divers, on peut cependant distinguer deux types d'habitués. Les premiers, très spécialisés, collectent pollen et nectar pour nourrir leurs larves. La plupart des autres se contentent de brouter, de sucer et au passage de piétiner ces sources d'aliments énergétiques dont ils ont besoin à l'état adulte, mais qui par ailleurs nourrissent leurs larves, ou dont les larves se nourrissent de toute autre façon.

"Abeilles" domestiques, sociales, solitaires...

Le terme "abeilles" recouvre une famille entière, les Apidae, de l'ordre d'un millier d'espèces en France, plusieurs centaines en Alsace. Certaines sont sociales comme les abeilles dites "domestiques" (Apis mellifera) qui nichent par exemple dans les ruches situées au Jardin de l'Observatoire et comportent des castes, les ouvrières (femelles stériles) et les sexués. Egalement sociaux on trouve les bourdons (Bombus) qui nichent dans le sol et dont plusieurs espèces sont représentées au Jardin botanique.

La plupart des autres abeilles sont dites solitaires car ne formant pas de sociétés. Elles nichent dans des cavités naturelles (tiges creuses, bois vermoulu) ou creusent ou construisent des nids. Ce sont les hôtes de l'hôtel à insectes. La plupart nidifient au printemps, les adultes de la génération suivante apparaissant au printemps suivant. Certaines de ces abeilles, également observables butinant sur les fleurs du Jardin, en parasitent d'autres en pondant dans leurs nids et sont pour cette raison appelées "abeilles-coucous". En fin de saison, dès le premier coup de frais de septembre, seules restent au travail nos abeilles domestiques.

Abeille domestique (Apis mellifera) ©H. Callotbourdon (Bombus) tirant la langue ©H. Callot

Abeille domestique (Apis mellifera) et bourdon (Bombus) tirant la langue

Exemples d'abeilles dites "solitaires" : un Anthidium (12 mm) reconnaissable aux taches jaunes de son abdomen, et notre plus grosse abeille, un Xylocopa (25 mm) butinant au vol (rapide !) et assurant manifestement le transfert du pollen d'une fleur à l'autre.

Anthidium ©H. CallotXylocope sur Salvia ©H. Callot


Exemples d'autres insectes que vous observerez sur les fleurs au Jardin botanique

Le deuxième groupe est très varié et on y trouve la plupart des autres ordres d'insectes. Ils participent également à la pollinisation en butinant, broutant et piétinant de nombreuses fleurs au cours de leur existence adulte. Nous l'illustrerons par quelques exemples.

Hyménoptères

A part les Apidae, de nombreux autres Hyménoptères sont faciles à observer sur les fleurs, comme les guêpes (Vespula), les Crabronidae ou les Sphegidae qui tous creusent ou construisent des nids et nourrissent leurs larves d'insectes (chenilles de papillons, pucerons, punaises) ou d'araignées. L'un de ces Crabronidae, le Philanthe apivore (Philanthus triangulum), est remarquable car il est un prédateur spécifique (mais ne posant pas de problème réel) de notre abeille domestique. Les fourmis sont aussi fréquentes et la plus grande espèce présente au Jardin, Formica cunicularia, apprécie particulièrement les ombelles d'Apiacées et les euphorbes en fleur.

chrysididé ©H. Callot Isodontia ©H. Callot
 Philanthus ©H. Callot  Delta ©H. Callot
Formica cunicularia ©H. Callot

Hyménoptères autres que les Apidae :

Hedychrum nobile (Chrysididae ; parasite d'autres Hyménoptères, 8 mm),
Isodontia mexicana (Sphegidae, 17 mm),
Philanthus triangulum (Crabronidae, 15 mm),
Delta unguiculatum (Vespidae, 25 mm),
Formica cunicularia
(Formicidae, 6 mm)

 

Coléoptères

Les Coléoptères ne sont pas en reste et parmi eux les plus visibles sont les Trichodes (Cleridae), parasites d'Hyménoptères et la cétoine dorée (Cetonia aurata) dont les larves vivent dans le terreau, deux espèces fréquentes au Jardin botanique. On observera également plusieurs espèces de Cerambycidae (capricornes) et des Oedemeridae, floricoles assidus à l'état adulte mais dont les larves se nourrissent de bois mort.

Trichode ©H. callot Cétoine ©H. callot
 Leptura fulva ©H. Callot

Oedemera nobilis ©H. Callot
Coléoptères floricoles du Jardin botanique.
Trichodes apiarius
(Cleridae, 12 mm),
Cetonia aurata
(Scarabaeidae, 20 mm),
Leptura fulva (Cerambycidae, 12 mm),
Oedemera nobilis
(Oedemeridae, 10 mm).

Lépidoptères

Les papillons sont rares en milieu urbain, mais plusieurs espèces fréquentent les fleurs du Jardin botanique, en particulier des piérides à la belle saison et des vanesses en automne, en particulier sur les fleurs de lierre.

Pieride © H. Callot  Vulcain ©H. Callot 
 Paon du jour ©H. Callot

Quelques papillons sur les fleurs du Jardin.

Pieris rapae (la piéride de la rave, 40 mm),
Vanessa atalanta (le vulcain, 60 mm),
Inachis io
(le paon-du-jour, 60 mm).

Diptères

Les "mouches" adultes sont abondantes sur les fleurs, même si leurs larves ont des fréquentations moins délicates... Les plus visibles sont les syrphes (famille des Syrphidae), souvent confondues avec les guêpes dont elles ont la même livrée noire et jaune.

Certaines fleurs à l'odeur peu plaisante comme celles du vérâtre noir attirent très efficacement de jolies mouches vert métallique. Enfin, les bombyles, qui ressemblent superficiellement à des bourdons, sont communs au printemps et parasitent les abeilles solitaires.

 Syrphes ©H. Callot Bombylius ©H. Callot 
 Mouche sur vératre ©H. Callot

"Mouches" butinant.
Syrphes (Syrphidae, 10 mm),
Bombylius (Bombyliidae, 10 mm),
mouche sur fleur de Vérâtre

 


Les insectes des Gleditsia...

... des envahisseurs récents en Europe, bien présents au Jardin Botanique
Janvier 2015

Les insectes ont une capacité remarquable à migrer d'un continent à l'autre, aidés par leur petite taille, leur grande capacité d'adaptation, les échanges constants dus à la mondialisation du commerce et du tourisme.

Les villes sont des lieux d'échange remarquables grâce à leurs aéroports, ports,  nœuds autoroutiers, et leur population comprend de nombreux voyageurs actifs, professionnels et touristiques. A l'arrivée, la présence de nombreuses espèces de végétaux exotiques qui s'alignent le long des rues ou ornent nos parcs et jardins sont autant de possibilités pour s'alimenter et se reproduire pour ces insectes. Les jardins botaniques urbains sont des points de chute privilégiés car ils cumulent tous ces aspects " positifs ".

Le Jardin Botanique de l'Université de Strasbourg ne fait pas exception et un certain nombre d'insectes exotiques y ont été signalés pour la première fois en France, dans un cas au moins probablement la première fois pour l'Europe ! Comme rien ne vaut un bon exemple pour que le lecteur mesure l'ampleur du problème, nous avons choisi les hôtes d'arbres exotiques fréquemment plantés en milieu urbain et bien représentés au Jardin Botanique, les Gleditsia (Fabacées).

Les Gleditsia sont des arbres d'Amérique du Nord (G. triacanthos par exemple), et d'Asie (G. japonica, sinensis, et autres). Ils sont faciles à reconnaître à leurs longues gousses brun-rouge et à leurs épines redoutables. On a d'ailleurs suggéré que ces épines avaient servi à protéger l'arbre contre la voracité des mastodontes, cousins nord-américains disparus des éléphants (mais que se passait-il en Asie ?).

G. triacanthos est planté abondamment en alignement en Europe et plus de 300 exemplaires sont gérés par la Communauté Urbaine de Strasbourg (renseignement aimablement fourni par M. Ch. Marx, Service des Espaces Verts de la CUS), heureusement souvent représentés par des cultivars dépourvus d'épines.

épines de G. sinensis gousses de G. japonica

Epines de G. sinensis et gousses de G. japonica au Jardin Botanique de l'université de Strasbourg.

Du point de vue d'un insecte les Gleditsia sont intéressants pour leurs feuilles, leurs graines et leur bois. Si aucun xylophage (insecte se nourissant de bois) typique de ces arbres n'a encore débarqué chez nous, ce n'est pas le cas d'insectes exploitant les feuilles et les graines et la faune du Jardin Botanique permet d'illustrer quelques exemples.

Penestragania apicalis, une cicadelle spécifique des Gleditsia.

Depuis 2010, une série de captures d'une petite cicadelle verte , au Jardin Botanique et à proximité attirée par une lampe UV, posait problème à l'auteur de ces lignes. Mis en contact, pour des raisons bien différentes, avec un spécialiste allemand, il a pu identifier ces insectes qui se sont révélés être les premiers de leur espèce repérés en Europe (Référence 1). Penestragania apicalis ne se rencontre que sur les Gleditsia sur lesquels il suce la sève des feuilles et des rameaux encore verts, sans que des dégâts notables puissent lui être attribués. L'insecte adulte est particulièrement abondant en juin. Depuis sa découverte au Jardin Botanique, P. apicalis a été retrouvé dans plusieurs pays européens et, en Alsace, à Strasbourg-Wacken et à Schiltigheim.

Penetragania apicalis Penetragania apicalis (profil)

Penetragania apicalis, de dos et de profil. Vivant, l'insecte est uniformément vert, mais les colorants de sa cuticule sont rapidement dégradés à la lumière. Les lunules sombres de l'extrémité de ses ailes antérieures sont caractéristiques. Taille 4 à 5 mm.

Blepharidopterus chlorionis, une petite punaise plus discrète que les dégâts dont elle est responsable.

Comme dans le cas de Penestragania, une petite punaise verte venant à la lumière puis observée sur un Gleditsia triacanthos ne trouvait pas sa place dans notre faune locale. Une recherche sur internet, suivie d'une confirmation par un spécialiste de la famille, a confirmé son identité : Blepharidopterus chlorionis (Référence 2). Derrière ce nom tarabiscoté se cache un ennemi des Gleditsia redouté dans son pays d'origine, les Etats-Unis.

L'insecte, tant à l'état de larve que d'adulte, abîme gravement, en les ponctionnant, les jeunes pousses de Gleditsia qui se déforment et souvent se dégradent au point de mourir de leur belle mort. Repérée pour la première fois en France et semble-t-il en Europe (!) au Jardin Botanique, il est probable que cette bestiole ait été ignorée des observateurs: elle apparaît pendant une période courte au printemps et, à la différence de beaucoup d'insectes, s'agrippe à sa branchette au lieu de se laisser tomber ce qui ne facilite pas sa capture par les méthodes classiques comme le battage des branches basses.

Blepharidopterus chlorionis Blepharidopterus chlorionis sur une pousse de l'année

A gauche, Blepharidopterus chlorionis, exemplaire adulte collecté au Jardin Botanique (taille 3,5 à 4 mm). A droite, insecte sur une pousse de l'année. Les dégâts dus aux piqûres de l'insecte sont bien visibles (Jardin Botanique, juin 2014).

Megabruchidius dorsalis, un amateur de graines de Gleditsia

 

Les bruches (Chrysomelidae Bruchinae pour les entomologistes) sont de petits coléoptères spécialisés dans la consommation de graines, en particulier de celles des Fabacées : bruche des pois, bruche des haricots, bruche des Sophora - cette dernière n'est pas encore arrivée chez nous mais ce n'est qu'une question de temps.

Les Gleditsia ne font pas exception et deux espèces de bonne taille se nourrissent, à l'état larvaire, des graines des Gleditsia extrême-orientaux : Megabruchidius tonkinensis et M. dorsalis. Comme prévisible, ces deux insectes ont débarqué en Europe il y a une vingtaine d'années et ont trouvé dans les parcs et avenues d'innombrables Gleditsia triacanthos (américain, rappelons-le) dont les gousses se sont révélées une source de nourriture abondante.

Le premier exemplaire local a été observé sur une fleur de lierre en 2012 au Jardin de l'Observatoire - et c'était l'espèce la plus rare M. dorsalis - comme d'ailleurs en Allemagne proche. Des observations et élevages de graines des divers Gleditsia du Jardin Botanique en 2013 a fait penser que l'insecte (asiatique) préférait de très loin... les graines de l'arbre américain (hamburger contre rouleau de printemps 1 : 0) (Référence 3). Ce n'était pourtant qu'une illusion et en 2014 tous les Gleditsia du Jardin Botanique nourrissent la bruche. Ce qui semblait une préférence n'illustrait que les premiers pas d'une invasion !  

Megabruchidius dorsalis Megabruchidius dorsalis Megabruchidius dorsalis

Quelques images de Megabruchidius dorsalis au Jardin Botanique (taille 5 à 6,5 mm). A gauche, adulte broutant des fleurs sucrées pour se donner du tonus. Au centre, sur une feuille de Gleditsia triacanthos, monsieur fait sa cour et, à droite, arrive à ses fins.

Références

1. Penestragania apicalis (Osborn & Ball, 1898), another invasive Nearctic leafhopper found in Europe (Hemiptera: Cicadellidae, Iassinae). Herbert Nickel, Henry Callot, Eva Knop, Gernot Kunz, Klaus Schrameyer, Peter Sprick, Tabea Turrini‐Biedermann, Sabine Walter. Cicadina, 2013, 13, 5‐15 (http://public.bibliothek.uni-halle.de/index.php/cicadina/article/view/549).

2. Blepharidopterus chlorionis (Say, 1832) nouvelle espèce pour la faune de France (Hemiptera: Miridae, Orthotylinae). Henry Callot et Armand Matocq, L'Entomologiste, 2014, 70, 361-364.

3. Quelques aspects de l'entomofaune des Gleditsia (Cesalpiniaceae) en Alsace : Megabruchidius dorsalis (FÅHRAEUS, 1839) et Penestragania apicalis (OSBORN & BALL, 1898) (Coleoptera, Chrysomelidae, Bruchinae et Hemiptera, Cicadellidae, Iassinae). Henry Callot, Bull. Soc. Ent. Mulhouse, 2013, 69, 63-67.

Téléchargez :
L'article du Bulletin de la Société entomologique de Mulhouse, 2013 - 69 (4) : 63-67

Comment les "petites bêtes" du Jardin botanique passent-elles l'hiver ?

Février 2014

Dès les premiers givres de l'automne le visiteur a l'impression que les petits animaux du jardin ont brusquement disparu. Les plus courageux butinent sur les toutes dernières fleurs et les merles tiennent la permanence. On peut comprendre nos anciens qui croyaient à la génération spontanée quand, après le désert de l'hiver, les insectes réapparaissaient en nombre au printemps. Cette page, en deux épisodes, évoquera ce passage, parfois périlleux, de la saison froide par nos "petites bêtes".

Fin d'automne

Le suivi des insectes butineurs du Jardin Botanique en fin d'année 2013 a très bien illustré cette apparente disparition. Deux secteurs sont fleuris jusqu'en novembre et restent attractifs : d'une part les astéracées et les clématites du système, d'autre part les lierres dans les parties boisées du jardin, la zone technique et le secteur de l'Observatoire. Le coup de frais de la deuxième moitié de novembre a fait disparaître les derniers bourdons et abeilles - elles mêmes emmenées dans leurs quartiers d'hiver par l'apiculteur. Seules quelques mouches restaient encore actives pendant les quelques heures de soleil...

©Henry Callot
Les abeilles sont parmi nos butineurs les plus obstinés et on trouve des syrphes
jusqu'en novembre (JB, 5 et 31 octobre 2013 - © H. Callot)

Arrivée de l'hiver

©H. Callot©H. Callot
Jardin Botanique givré (27 novembre 2013 © H. Callot).

Pour les petits arthropodes, insectes, araignées et autres mille-pattes plusieurs stratégies sont employées : la saison froide peut être traversée à l'état d'oeuf, discret et résistant, de larve, ou d'adulte, a priori plus vulnérables. Si les oeufs sont invisibles, du moins pour nous, larves et adultes doivent trouver un abri pour se protéger du froid comme des prédateurs. Les abris sont nombreux si l'on pense à leur petite taille. Dernière possibilité qui peut paraître déconcertante, mais n'est pas si rare : rester dehors tout l'hiver.

Quel que soit leur choix ils doivent aussi modifier leur métabolisme pour ne pas geler, les dégâts induits par la cristallisation de leurs fluides corporels étant évidemment mortels - pensez aux précautions d'usage des aliments surgelés puis dégelés ! La solution est d'accumuler de véritables antigels, par exemple des sucres ou des polyalcools de la même famille que le glycol de nos voitures. Rappelons enfin que le faible enneigement des hivers de la plaine d'Alsace empêche aussi le manteau neigeux de servir d'isolant, n'oublions pas que c'est la saison la plus sèche.

Les courageux qui bravent l'hiver dehors

Le simple battage de quelques branches de conifères fait tomber des bestioles, même en plein hiver : pucerons, coccinelles, cicadelles. En fait, chaque plante, arbuste ou arbre à feuillage persistant permet aux insectes de s'alimenter, en pompant la sève comme les hémiptères ou en chassant ceux qui pompent comme les coccinelles prédatrices de ces hémiptères. Le jardin offre un choix très riche de possibilités : grande variété de conifères, lierre, jasmins, sauges, bambous, chênes à feuilles persistantes, entre autres. Sur tous ces végétaux des insectes sont observés tout l'hiver. Ils sont parfois spécifiques d'une plante donnée, mais souvent aussi ils ont migré à l'automne de plantes herbacées vers les végétaux à feuillage persistant.

© H. Callot

La petite cicadelle Eupteryx decemnotata
(3 mm) passe l'hiver sur sa plante-hôte,
la sauge officinale (JB, 17 décembre 2013
© H. Callot).

Quels abris offre le Jardin Botanique ?

Le degré zéro de l'abri est une simple écaille d'écorce plus ou moins baillante comme celles des platanes. Non seulement ce type d'abri est très fréquenté, mais il permet d'apprécier la résistance de beaucoup d'arthropodes au froid, pratiquement sans protection. On y trouve de nombreux coléoptères, des punaises des platanes, des araignées, des cloportes... Certains n'hésitent pas, au moindre rayon de soleil, à quitter leur abri pour se rôtir au soleil, comme les Pyrrhocoris apterus, punaises grégaires mieux connues sous le nom de "gendarmes".


© H. Callot© H. Callot

Quelques punaises faciles à observer en hiver : à gauche le "tigre du platane" (Corytucha ciliata), dont les dégâts sur le feuillage de ces arbres sont bien connus, passe l'hiver en groupe sous des écailles d'écorce ; à droite des "gendarmes" (Pyrrhocoris apterus) profitant d'un rayon de soleil hivernal pour se réchauffer (Strasbourg, décembre 2013 - © H. Callot).

Les plus prudents vont se réfugier dans les fentes du sol, dans la litière au pied des arbres, sous des abris au sol, branches, pierres, dans les tas de feuilles mortes ou de compost. Enfin, nombreux sont ceux qui terminent leur développement dans leur plante-hôte, comme juvéniles (larve ou nymphe) ou comme adultes (voir deuxième épisode).

Comment les petites bêtes passent-elles l'hiver (SUITE) ?

Mars 2014

En préparation de l'hiver les plantes sensibles, comme le palmier nain (Chamaerops humilis) ou les fuchsias, sont paillées créant autant d'abris pour de petits animaux. Les feuilles mortes et le produit des tontes et des élagages sont empilés dans le secteur technique et de nombreux insectes se réfugient dans ces tas de compost.

 Palmier naincompost
Le palmier nain paillé pour l'hiver et le compost dans la zone technique.

De nombreux insectes passent l'hiver dans le sol où ils se protègent des gelées. Cela peut concerner des adultes, éclos en automne, comme des larves qui vont terminer leur développement à l'abri dans une logette et éclore et apparaître au printemps.

C'est le cas des Curculio, des charançons dont les larves se développent dans les glands et les noisettes. Au dernier stade, elles se laissent tomber au sol où elles s'enterrent et nymphosent. Les adultes sont actifs au printemps et en été et ceux de C. glandium, espèce se développant dans les glands, peuvent être observés en nombre autour des grands chênes du Jardin Botanique vers fin-avril ou début mai.

Curculio adulteAdulte de Curculio

 D'autres granivores (insectes se nourrissant de graines) passent l'hiver dans une logette creusée dans la graine et s'y métamorphosent au printemps. Les adultes perforent le tégument dur et sortent à la recherche de partenaires puis de leurs graines favorites pour pondre. C'est le cas des bruches qui, au Jardin Botanique, se nourrissent des graines de Fabacées, locales mais aussi exotiques (Vicia, Cercis, Gleditsia). Un bon exemple est la bruche des haricots qui trouve tous les ans son bonheur dans le système sur le pied de haricot d'Espagne (Phaseolus coccineus).

Graine de Phaseolus coccineusAcanthoscelides obtectus
Graine de Phaseolus coccineus dévorée par une vingtaine de bruches des haricots (Acanthoscelides obtectus; il y a des trous sur l'autre face !) et photo de l’un des coupables.

Les insectes comme les capricornes qui se développent dans le bois passent le plus souvent l'hiver à l'état de larves, parfois d'adultes, dans les galeries qu'ils creusent. C'est le cas du grand capricorne du chêne, Cerambyx cerdo, hôte indésirable du Jardin Botanique, comme de plus petites espèces dont on observe les adultes sur les fleurs au printemps. D'autres insectes se développent dans les champignons lignicoles, par exemple dans le gros Ganoderma qui colonise le Zelkova le long de la rue Goethe, et passent aussi l'hiver dans leur milieu nutritif.

Larve-Grand-Capricorne
Larve du Grand Capricorne (8 cm !) dans sa galerie dans le grand Quercus pedonculata en décembre 2013.

Alerte aux punaises !

Octobre 2013

Nous savons tous que de nombreux insectes nous envahissent et l'exemple du tristement célèbre doryphore de la pomme de terre est classique. Avec la mondialisation des échanges en tous genres, le phénomène s'est amplifié et depuis 2012 deux punaises de bonne taille ont fait leur apparition au Jardin Botanique.

L'une, Nezara viridula, nouvelle pour l'Alsace,
était déjà présente en France et les pays voisins,

Nezara viridula-adulte - ©H.Callot

Halyomorpha halys - adulte - ©H.Callot

tandis que l'autre, Halyomorpha halys,
avait une tête de pont en Suisse
et a été signalée pour la première fois de France...
au Jardin Botanique.

N'oublions pas qu'un jardin botanique est un lieu privilégié pour observer des insectes exotiques, surtout près d'une frontière et quand un inventaire des "petites bêtes" est en cours. Pour ceux que ces petits envahisseurs intéressent, n'hésitez pas à consulter leurs fiches sur : http://sites.estvideo.net/sae/spp_invasives.html.

Tous les hétéroptères, les punaises, possèdent un rostre qui leur permet de piquer et de sucer la sève et le contenu des graines, pour certaines aussi de s'attaquer à de petits animaux. Certaines punaises qui piquent les plantes sont particulièrement craintes car, non contentes d'affaiblir celles-ci, elles leur transmettent divers virus et bactéries responsables de maladies. Sans même rendre les fruits et légumes impropres à la consommation, les déformations induites par l'activité de ces insectes peuvent les rendre invendables.
En automne, ces insectes originaires de contrées plus chaudes que l'Alsace ont tendance à se regrouper, parfois dans les habitations. Comme dans le cas de la coccinelle asiatique Harmonia axyridis, autre insecte exotique abondant du Jardin, leur nombre, leur taille et leur odeur désagréable les rendent particulièrement impopulaires à cette saison.

Halyomorpha halys est originaire d'extrême-orient (Chine, Japon, Corée) et a déjà envahi l'Amérique du Nord, d'un océan à l'autre. En Europe elle a pris pied en Suisse dans la région de Zurich, puis à Bâle, Constance, et Strasbourg depuis 2012. Elle a été repérée initialement au Jardin Botanique, mais aussi la même année à Schiltigheim. Elle peut faire des dégâts sur des plantes très diverses, le soja - entre autres - dans ses pays d'origine, mais aussi sur des plantes et arbustes ornementaux. Elle ressemble à une espèce locale, mais un oeil averti ne peut pas se tromper (voir photos ci-dessous)

Halyomorpha halys - adulte - ©H.Callot Halyomorpha halys-larve agée - ©H.Callot


Vous pouvez aussi consulter le site suisse de surveillance de l'insecte :
http://www.halyomorphahalys.com/index.html.

Presque simultanément, une autre belle punaise, déjà présente en Europe méditerranéenne et tempérée, était observée en Alsace, Nezara viridula :

Nezara viridula, adulte ; taille 15-17 mm. Certains spécimens montrent un liseré clair et la couleur peut varier du vert (le plus fréquent) au brun-rouge. Nezara viridula-adulte - ©H.Callot

Nezara viridula adulte sur le pied de soja - ©H.Callot

Cet insecte est d'origine africaine mais s'est répandu dans toutes les régions tropicales dans un premier temps, puis a progressé vers les régions tempérées. En Alsace depuis 2012, il montre maintenant des pullulations, en particulier sur les Solanacées. Au Jardin Botanique, c'est la grande belladone du carré des plantes médicinales, mais aussi les pieds de roquette, qui ont sa faveur. Ailleurs, à la Robertsau, ce sont des plants de pommes de terre qui étaient colonisés par ses larves. Enfin, dans les régions méditerranéennes, ce sont les cultivateurs de légumes et de fruits, en particulier de tomates, qui sont très préoccupés. Comme l'espèce précédente, Nezara peut être confondue avec quelques-unes de nos grandes "punaises vertes" et les photos ci-dessous permettront des comparaisons.

Nezara viridula jeunes larves - ©H.Callot
Nezara viridula, jeunes larves à divers stades illustrant la pullulation automnale sur la belladone.
Nezara viridula larves agées - ©H.Callot

NB. Dans le doute, n'hésitez pas à contacter (message + photos) la Société Alsacienne d'Entomologie : saemzs@gmail.com

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